La Kabylie et ses coutumes — Résumé
Introduction Historique et Scientifique
Ouvrage sociologique et statistique majeur de la fin du XIXe siècle, détaillant l'organisation politique, les institutions démocratiques (Djemâa), l'agriculture et les coutumes juridiques des tribus du Djurdjura.
« Le premier des trois volumes de cette véritable encyclopédie de la Kabylie rassemble une somme considérable de données relatives à la zoologie, la botanique et la géographie physique de la Kabylie… »
Cette dimension encyclopédique montre l'ambition scientifique de l'œuvre : comprendre une société dans sa globalité, depuis son environnement naturel jusqu'à ses institutions politiques et judiciaires.
I. Le cadre social et les fondements de la coutume (Tome I)
Le premier tome établit les bases de l'analyse. Il décrit la Kabylie comme une société fortement structurée par la montagne, par l'autonomie villageoise et par la primauté de la coutume. L'environnement géographique — relief accidenté, isolement relatif — favorise la constitution de communautés autonomes. Le village apparaît comme l'unité fondamentale de la vie sociale.
« La coutume, dans ses dispositions principales, notamment en ce qui concerne les mariages, les successions, les testaments, le droit de chefâa, a en vue de favoriser le maintien de la famille. »
La coutume n'est donc pas un simple usage : elle constitue un système normatif complet organisant la continuité familiale et la stabilité sociale.
II. La Djemâa : Coeur politique de la société Kabyle
L'institution centrale de la société kabyle est la djemâa, assemblée des hommes adultes du village. Le principe théorique est clairement énoncé :
« En principe, tout homme qui a atteint l'âge où il peut observer dans sa rigueur le jeûne du ramadhan est admis à faire partie de la djemâa. »
La participation politique est donc fondée sur la maturité religieuse et sociale. Chaque membre possède voix délibérative. La djemâa exerce des fonctions multiples : législative, administrative et judiciaire.
III. Une organisation démocratique originale (Tome II)
Le deuxième tome développe l'analyse politique. Les auteurs affirment :
« L'organisation politique et administrative du peuple kabyle est une des plus démocratiques et en même temps, une des plus simples qui se puissent imaginer. »
« Jamais, peut-être, le système de self-government n'a été mis en pratique d'une manière plus complète et plus radicale. »
Le principe d'autogouvernement est fondamental : le pouvoir appartient à la communauté et non à un chef permanent.
IV. Solidarité et responsabilité collective
La solidarité familiale constitue un pilier du système social.
« La coutume [...] établit aussi une solidarité rigoureuse entre ses membres, non seulement dans la plupart des affaires où il ne s'agit que d'intérêts pécuniaires, mais encore dans les cas où la vie des personnes est en jeu. »
La responsabilité collective peut engager l'ensemble du groupe, notamment en cas de crime ou de conflit grave. Cette solidarité renforce la cohésion interne.
V. Le système judiciaire (Tome III)
Le troisième tome est consacré à la procédure civile et au pouvoir judiciaire.
« Il n’y a point en Kabylie de magistrats ni de hiérarchie judiciaire : la coutume ne connaît ni les avoués, ni les avocats, ni les huissiers. »
Cette absence d'appareil judiciaire professionnel distingue profondément le système kabyle des modèles étatiques centralisés. La justice repose principalement sur la djemâa et sur des juges-arbitres.
VI. Procédure et majorité
La décision judiciaire obéit au principe majoritaire. S'il y a des doutes, on a souvent recours au serment (Tome III, p. 4). La majorité joue un rôle essentiel dans la formation de la décision.
VII. Portée historique et scientifique
L'ouvrage révèle une démocratie locale structurée, un droit coutumier cohérent, un système judiciaire fonctionnel et une forte solidarité collective.
Conclusion Générale
La Kabylie et ses coutumes demeure une source historique majeure offrant un témoignage exceptionnel sur les institutions kabyles du XIXe siècle. L'œuvre met en lumière l'originalité d'une société fondée sur l'autonomie, la participation collective et la primauté de la coutume.
Consultez l'œuvre originale complète d'Adolphe Hanoteau et Aristide Letourneux :